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Janusz Korczak : Une pédagogie au service de l’enfant

Cela fait longtemps que je voulais écrire un article sur quelqu’un qui m’a beaucoup inspiré. Janusz Korczak a été une grande source d’inspiration pour nous et notre travail. Nous donnons beaucoup d’importance à l’épanouissement des enfant dans nos stages, la possibilité pour eux de s’exprimer. Korczak est donc une grande source d’inspiration, son œuvre étant basée sur la pédagogie active. Korczak est le défenseur des droits de l’enfant. Il va inspirer la rédaction de la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. Dans cet article j’aimerais vous parler de lui, de sa vie, de ses combats, de pourquoi était-il un pédagogue extrêmement influent et innovant pour son époque. J’espère que sa pédagogie vous inspirera, vous, parents qui me lisez…

janusz korczak

Qui était Korczak ? 

Petite biographie de Janusz Korczak 

Né Henryk Goldszmit le 22 juillet 1878 à Varsovie, Korczak appartient à une famille juive, aisée, laïque. Étant petit, son père, un grand avocat, lui interdit d’aller jouer avec les enfants pauvres dans la cour de l’immeuble. Ses journées, il les passe avec sa grand-mère, son canari en cage et la cuisinière (une conteuse extraordinaire). Ces trois personnes marquent sa petite enfance. 

Pour ce qui est de la scolarité, Korczak profite d’une gouvernante française jusqu’à ses 7 ans, puis découvre l’école primaire russe “stricte, assommante et sévère” où les enfants sont encore fouettés, puis le lycée russe. L’absence totale de respect des adultes à l’égard des enfants et un profond ennui : voilà ce que retient le jeune Janusz Korczak de son expérience à l’école.

En 1890, Janusz est âgé de 12 ans lorsque son père est interné à l’asile des aliénés de Tworki. Il doit assumer les besoins de sa famille seul. Il devient précepteur et découvre la pédagogie. Il commence des études de médecine en 1898 et devient médecin en 1906 dans un petit cabinet privé de Varsovie. Sa rencontre en 1908 avec Stefania Wilczynska est déterminante : elle partage avec lui son rêve de construire un lieu idéal pour les enfants pauvres.

En 1912, c’est l’inauguration de “Dom Sierot” (La Maison des Orphelins), au 92 rue Krochmalna à Varsovie. C’est l’un des plus beaux orphelinats d’Europe, avec un projet pédagogique d’avant-garde. L’établissement est mixte : il accueille les orphelins juifs (à l’époque, il était inconcevable d’élever ensemble les enfants Juifs et « Polonais », (d’éducation catholique). Janusz Korczak abandonne son poste à l’hôpital pour enfants pour en prendre la direction avec Stefania Wilczynska ! 

En 1919, c’est l’inauguration de « Nasz Dom » (Notre Maison), à Pruszkow (à 25 km de Varsovie) créée par Maria Falska, pour les orphelins de guerre « Polonais » ( c’est à dire de culture catholique), sous la direction pédagogique de Janusz Korczak. 

 

Maria Falska est une éducatrice formée à la pédagogie montessori à l’école de Maria Montessori. Elle avait connu Janusz Korczak à Kiev sur le front russe dans le refuge pour enfants où elle travaillait. 

Les deux établissements marchent bien et rayonnent même à l’étranger. Les visiteurs viennent de toute part en Europe, et sont émus en premier lieu par la joie qui anime les enfants. L’autogestion pédagogique régit entièrement leur fonctionnement interne et les deux maisons ont leur Parlement, leur tribunal d’arbitrage et leurs journaux d’enfants. C’est ce qu’on appelle “les république des enfants”. 

 

En 1928, les deux établissements sont rapprochés : Nasz Dom est installé à Bielany (Varsovie) grâce à une fondation privée. 

Pendant 10 ans, il continue son activité. Il fait quelques voyages en Palestine. De plus en plus, il subit l’antisémitisme grandissant en Europe. En 1939, dans Varsovie assiégée, il ne quitte pas l’orphelinat. Pendant cette période, il parle à la radio pour maintenir le moral de la population. Il ne portera jamais l’étoile discriminatoire. 

Le 29 novembre 1940, le Dom Sierot est déplacée dans le Ghetto de Varsovie. Il ne quittera jamais ses enfants et se battra jusqu’à la fin de sa vie pour qu’ils puissent manger et continuer à vivre dignement. Il meurt au camp de Treblinka après avoir été déporté en Août 1942 avec les enfants.

Janusz Korczak

L’essor dans le monde d’une nouvelle forme de pédagogie

Pour comprendre la pédagogie de Korczak, il est fondamental de le considérer en relation avec son époque. La fin du XIXe et le début du XXe siècle, est une période bien singulière. Un éveil des consciences est en branle dans toute l’Europe : des nouvelles pédagogies, des nouvelles formes d’apprentissage sont en train de naître. 

Partout en Europe, des philosophes, des médecins se dressent contre une école qui peu de temps après son émergence, est déjà remise en question. L’école qui voulait former des citoyens éclairés, a aussi préparé toute une société à l’obéissance et au sacrifice. 

Oui, le spectre de la première guerre mondiale est très présent dans les têtes. Ses victimes, étaient principalement des jeunes fraîchement sortis d’une école qui n’avait pas pour objectif de faire former l’esprit critique. L’obéissance et le labeur étaient les premières qualités mises en avant. 

Les intellectuels de l’époque se posent beaucoup de questions : Est-ce que la mise en place de pédagogie dans les écoles mettant en avant l’esprit critique, l’égalité, la mixité, la tolérance auraient empêché cette guerre ? 

Comment former les futurs citoyens de demain ? Comment créer un monde plus pacifique ? 

 

Janusz Korczak profite donc de cette émulation intellectuelle qui va traverser l’Europe. Il faut inventer de nouvelles formes d’éducation. Voici quelques noms de pédagogues qui ont beaucoup influencés leurs pairs : 

  • Francisco Ferrer prône une école basée sur la mixité et l’égalité.
  • Ovide Decroly soutient que la pédagogie à suivre est de mettre l’enfant au centre de l’apprentissage et de s’adapter à lui.
  • Maria Montessori met au point un matériel pédagogique révolutionnaire pour s’adapter à tous les individus et leurs besoins.

 

C’est dans ce contexte que se réunit à Calais en 1921, le 1er Congrès pour l’éducation nouvelle sous l’impulsion d’Adolphe Ferrière un pédagogue Suisse. Il ressort de ce congrès qui réunit des philosophes, des chercheurs, des médecins, des professeurs du monde entier que les conditions favorables à un apprentissage optimales sont : 

  • Un lieu proche de la nature 
  • La valorisation de l’auto-expérimentation 
  • L’enfant doit se gouverner lui même

Ce dernier point “l’enfant doit se gouverner lui-même”, est la pierre angulaire de la pédagogie de Korczak.

Janusz Korczak

Son programme pédagogique 

Le contrat social : la république des enfants 

Selon lui, la relation entre les enfants et les adultes n’est pas égalitaire car ce sont les adultes qui dirigent le monde. Ce décalage, cette inégalité opère au sein de la famille mais aussi dans les institutions d’enseignement qui ne s’intéressent pas aux besoins essentiels des enfants mais tentent, à force d’interdictions et de châtiments de les “éduquer”. 

Ce décalage, il faut y remédier avec l’établissement d’un contrat social. La relation entre adulte et enfant ne doit plus être verticale et surtout unilatérale. Pour Korczak, la première étape pédagogique, pour considérer l’enfant comme un humain libre et éclairé est de constituer un contrat social avec lui. Cette coopération s’appuie sur des lois et des droits fixés de manière indiscutable qui régissent l’intégralité de la vie commune. 

Pour faire respecter ces droits et ces lois, Korczak invente un concept révolutionnaire pour l’époque : “la république des enfants”. Cette république est constituée de ses propres institutions : un parlement, le tribunal des droits et un tribunal collégial. 

D’un point de vue pédagogique c’est un véritable tournant dans la manière d’appréhender les rapports. Cette fois, les enfants édictent des règles avec les adultes et sont véritablement acteurs, penseurs, régisseurs de tout un système. 

L’intelligence de la pédagogie de Korczak réside dans le fait d’avoir considéré l’enfant comme un humain à part entière, de le valoriser. Dans son livre “comment aimer un enfant” écrit en 1919, Korczak écrit que : 

  • L’enfant n’est pas un sot : Chez eux, les imbéciles ne sont pas plus nombreux que chez nous.
  • L’enfant a un passé : L’enfant possède un avenir, mais il a aussi un passé, fait de quelques événements marquants, de souvenirs, de méditations profondes et solitaires.
  • L’enfant n’oublie pas.
  • L’enfant pardonne toujours.
  • L’enfant n’est pas dupe : L’enfant pardonne facilement l’indélicatesse, le manque de tact, voire même les injustices des adultes. Mais jamais il ne s’attachera jamais à un adulte prétentieux, froid ou despotique. Et s’il sent chez lui la moindre hypocrisie, il le repoussera ou se moquera de lui.
  • L’enfant a le sens du devoir : Un enfant respecte l’ordre et le sens des responsabilités. Il veut trouver auprès de nous de la compréhension pour ses difficultés et de l’indulgence pour ses erreurs éventuelles.

 

En considérant l’enfant de cette manière, il est envisageable et même nécessaire de lui donner des responsabilités. Ceci fait écho avec son dernier point “l’enfant a le sens du devoir”. De cette manière, on pourrait presque dire que la république des enfants s’impose d’elle-même car les enfants sont parfaitement capables de la régir au mieux avec les adultes. 

C’est un cercle vertueux, les enfants sont des humains, ils peuvent donc avoir des responsabilités. En ayant ces responsabilités, l’enfant prend conscience de ses qualités et devient un enfant responsable, éclairé, et acteur de ce qui l’entoure. 

Korczak était donc absolument convaincu que la tâche essentielle des adultes est d’aider les enfants à devenir eux-mêmes, de comprendre et de soutenir l’effort quotidien que signifie grandir, mûrir, apprendre sur soi et sur le monde environnant. Les enfants ont leur propre représentation du monde, de la justice, ils ont un rapport personnel à la vie des adultes, supérieur même dans certains domaines (les émotions, la sensibilité, la spontanéité, l’authenticité) à celui des adultes.

La pédagogie active de Janusz Korczak : l’enfant au centre de Janusz Korczak : l’enfant au centre 

La pédagogie active est la pédagogie qui met l’enfant au centre des réflexions. pour l’adulte, c’est de se poser la question : “de quoi l’enfant a-t-il besoin ?”. Le rôle de l’adulte n’est pas d’apporter la réponse, mais de créer un environnement propice à la réflexion qui permettront à l’enfant de trouver par lui-même. 

 

J’aimerais citer un passage de « L’adieu », qui selon moi résume la pédagogie de Korczak, qu’il dédiait aux jeunes qui quittaient sa maison d’orphelins : “Nous ne vous donnons rien. Nous ne vous donnons aucun Dieu car il vous faudra le chercher vous-mêmes dans votre âme à vous, dans vos efforts. Nous ne vous donnons aucune patrie, car il vous faudra la trouver dans votre propre travail, dans votre cœur et dans vos pensées. Nous ne vous donnons aucun amour du prochain car il n’existe aucun amour sans pardon, pardonner, c’est l’épreuve, c’est la difficulté que chacun doit endurer seul. Mais nous vous donnons ceci : le désir d’une vie meilleure, qui n’existe pas encore mais existera un jour ; le désir d’une vie emplie de droit et de justice. Ce désir guidera peut-être vos pas vers Dieu, vers la patrie et l’amour”.

 

L’identité et la singularité des enfants doivent être respectées et assurées en droit. Des conditions sont donc à créer pour permettre aux enfants d’élaborer leur propre système de valeurs aux plans éthique et social.

Pour conclure, la pédagogie active consiste à mettre chaque enfant au centre des décisions. Ce n’est pas l’enfant qui s’adapte à l’adulte mais l’inverse pour favoriser l’émancipation et l’épanouissement. Le dessin de la pédagogie active est de faire de l’enfant un membre conscient de sa place dans la communauté et dans la société, par des activités respectant ses besoins et ses aspirations.

 

Par Benjamin Dana.